D ivorcer aujourd’hui est devenu courant, plus personne ne s’étonne quand on s’entend annoncer le divorce de quelqu’un même si l’on est peiné lorsqu’il s’agit de celui d’un proche. Ce qui me frappe c’est qu’on a tendance à banaliser complètement cette épreuve de la vie, sans plus se rendre compte du stress qu’un divorce représente. Trop rares sont les cas où les choses se passent bien au point de ne blesser aucun des acteurs de cette tragédie, à part peut-être les jeunes couples qui sont restés peu de temps ensemble et qui n’ont pas eu d’enfant, et encore … Pour ma part je n’ai jamais rencontré une femme ou un homme qui soit sortie indemne de sa séparation après plus de 5 ans de vie commune. Savez-vous qu’après la perte d’un enfant le divorce est le plus grand choc émotionnel qu’un être humain puisse vivre ? Alors si nous anticipions ensemble … Il y a des signes qui ne trompent pas, des indices qui prédisent qu’un mariage ou une relation est vouée à l’échec…

Le premier indice : des propos destructeurs

Divorce

« Les statistiques sont impitoyables : dans 96 % des cas, on peut prédire le résultat d’une conversation dans les trois premières minutes d’un échange qui en dure 15 ! » Un démarrage agressif et brutal dans un échange le condamne à l’échec. C’est dire que dans la façon dont sont abordés les échanges sur les problèmes de la relation, se révèle le potentiel de longévité du couple et l’indice le plus évident du mauvais chemin qu’emprunte une discussion (tout comme le mariage ou la relation), est la manière dont elle démarre.

Dans son livre* John M Gottman nous en donne un exemple concret avec un couple qui a participé à son étude sur les couples dans ce qu’il appelle le « Love lab ». Il a observé Olivier et Dany lors d’une discussion sur la distribution des tâches ménagères qui était filmée. « Le ton de Dany est immédiatement négatif et accusateur. Elle lâche immédiatement une phrase sarcastique : « Ou de leur absence ». Olivier tente de détendre l’ambiance en plaisantant : « On pourrait aussi parler du livre qu’on veut écrire ensemble : les hommes sont des porcs. » Dany demeure impavide. Ils n’abandonnent pas la discussion pour autant et continuent à élaborer différentes stratégies qui pourraient convaincre Olivier de faire sa part. Puis Dany dit : « En fait, j’aimerais bien résoudre cette histoire, mais je n’ai pas l’impression qu’on va y arriver.

J’ai essayé de faire des listes, ça ne marche pas. J’ai essayé de te laisser décider de toi-même, mais tu n’as rien foutu pendant un mois. » Changement de cap, Dany fait porter tout le blâme sur Olivier. Pour elle, le problème essentiel, c’est lui, et non pas les travaux ménagers. » Bien que l’échange se soit fait avec une voix douce et tranquille, leurs propos sont porteurs d’une énorme charge émotionnelle négative. Et bien sur ils n’ont pas réussi à résoudre leur différend, et pire ils ont chacun accumulé cette charge négative au passif de la relation. « Une discussion qui démarre brutalement se conclut inévitablement sur une note négative, même s’il y a plusieurs tentatives de radoucissement entre les deux. » Elle crée du ressentiment et insidieusement pourrie la relation. Les critiques, les sarcasmes, une forme de mépris sont destructeurs pour chacun des partenaires et porteur d’échec pour la relation. Si on ne les tue pas dans l’œuf ils deviennent fatals à la relation.

Deuxième indice : « Les quatre cavaliers de l’Apocalypse»

Se sont les quatre cavaliers de l’Apocalypse qui si on les laisse s’installer, se présentent au cœur de la relation dans l’ordre suivant : La critique, le mépris, l’attitude défensive, et la dérobade.

Premier cavalier : la critique.

Dans toutes les relations comme dans tous les mariages, nous avons toujours quelques reproches à faire à la personne avec qui on vit. Mais la façon de le faire change tout. Il y a un monde entre un grief et une critique ! Il est toujours important d’avoir à l’esprit que la personne n’est pas ses comportements.

Elle en est bien sur responsable, mais faire des erreurs, être maladroit(e), faire ou ne pas faire quelque chose,etc. ne doit pas remettre en question la personne en tant que telle. Le grief concerne justement l’action spécifique, le comportement, l’attitude de l’autre, alors que la critique, plus globale porte tout de suite sur le caractère ou la personnalité du partenaire, et devient blessante et irrecevable.

Elle charge l’autre d’émotions négatives et fait la surenchère pouvant aller jusqu’au blâme et une démolition en règle de la personnalité de l’autre. Exemples : « je suis furieuse que tu n’aies pas passé l’aspirateur hier. On était d’accord pour le faire chacun à son tour », est un grief. « Mais qu’est-ce que tu as dans le crâne ? J’ai horreur de toujours passer l’aspirateur quand c’est à toi de le faire. Mais ça tu t’en fou !», est une critique. Ou « Tu aurais du m’en parler avant d’inviter des amis à dîner.

Je voulais rester en tête à tête avec toi ce soir », est un grief. « Pourquoi tes amis passent-ils toujours avant moi ? Je suis toujours le(a) dernier(ère) sur la liste. On devait diner en tête-à-tête ce soir», est une critique. La critique est une réaction immature où l’on se défend en accusant l’autre et à force de répétition, en détruisant l’autre. Mais c’est lorsque la critique revient constamment que le couple se met en danger car la critique ouvre la porte au cavalier suivant, beaucoup plus meurtrier.

Deuxième cavalier : le mépris.

« Le mépris s’installe insidieusement lorsque nous l’avons laissé rentré par la voie de la critique destructrice. Le sarcasme, le cynisme expriment le mépris, tout comme les noms d’oiseau, les yeux qui se lèvent vers le ciel, les ricanements, la moquerie et les railleries. C’est le plus redoutable des cavaliers, il empoisonne la relation car il exprime le dégoût. »

Il est un manque de respect de l’autre que manifestement on ne respecte plus et à fortiori on le dévalorise, ou le blesse ouvertement. La relation devient toxique et Il devient impossible d’avoir une discussion positive et constructive et donc de résoudre un problème dès lors que le mépris est utilisé par l’un ou l’autre des partenaires.

Le pire est alors que les possibilités de résoudre un problème ensemble se transforment aussitôt en conflit où celui qui utilise le mépris n’a plus le but de résoudre le problème mais de rendre l’autre responsable du problème et de le rabaisser.  « Il peut aussi se traduire par une position de haute moralité » comme par exemple : « je n’ai pas comme toi, cette mentalité de … ». Quand le mépris est réciproque la relation ne tient que sur des peurs. Le mépris est alimenté par une longue rumination des sentiments négatifs non exprimés à l’égard de l’autre et qui prennent leur source dans l’impossible résolution des conflits comme nous l’avons vu plus haut. Une dernière variante du mépris c’est la belligérance. La belligérance vient du latin « belligare » : faire la guerre, c’est dire ce qui se vit dans la relation.

Elle est tout aussi fatale car en recèle une menace, une provocation. Exemple du livre* de John M. Otman : « Lorsqu’une femme se plaint que son mari ne rentre pas du travail à l’heure du dîner, une réponse belligérante pourrait-être : « Et alors, tu vas faire quoi, me poursuivre en justice ? ».  Le pire c’est que ce genre de remarque est souvent dite sur le ton de la plaisanterie, et celui qui la dit peut croire qu’il plaisante, alors qu’il agresse l’autre, et à petites doses répétées il le détruit psychologiquement.

Troisième cavalier : l’attitude défensive .

Comme je l’ai dit au début, les cavaliers apparaissent insidieusement dans un ordre précis, et vous sentez surement pourquoi,  car en étant maltraité de la sorte que faire d’autre dans le désarroi dans lequel se trouve « la victime » que de se défendre.  Mais il n’est pas difficile de comprendre que cette attitude ne produit aucun résultat positif pour ce qui est de la résolution du problème cause de ces réactions immatures. La défense est vécue par le partenaire agresseur comme un reproche qui lui est adressé, il lui est donc impossible à son niveau de maturité de s’excuser ou de battre en retraite.  Ce qui revient simplement à dire «ça n’est pas de ma faute, c’est de la tienne. »  « Ça n’est pas moi, c’est toi le problème. » Et voulant se défendre de la blessure et de l’humiliation ressentie « la victime » par son attitude défensive ne fait qu’engendrer une escalade dans le conflit. Elle ne peut pas « gagner », leur mariage ou relation non plus. John M. Gottman dit « la critique, le mépris et l’attitude défensive n’envahissent pas forcément un ménage à la queue-leu-leu. Ils fonctionnent comme une équipe de relais – ils se repassent le témoin tour à tour, si le couple ne met pas un frein au processus [….] plus (il/elle) se met sur la défensive, plus (elle/il) l’agresse. Son langage corporel dénote la condescendance. Elle parle doucement, les coudes posés sur la table, son menton reposant sur ses doigts entrelacés. Comme un professeur de droit ou un juge, au lieu de répondre, elle le crible de questions rien que pour le voir se débattre. » Pour finir dans le sarcasme : « Mmouais. Bon, on dirait qu’on a bien avancé, non ? » Rien ne se résout et la relation se détruit doucement mais surement …

Quatrième cavalier : la dérobade.

«  Dans un mariage ou une relation où les discussions démarrent brutalement, où les critiques et le mépris conduisent à une attitude défensive qui provoque un surcroit de critiques renforçant à leur tour une attitude défensive, l’un des partenaires finit toujours par décrocher. Et ce décrochement annonce inévitablement l’arrivée du quatrième cavalier ». En effet, plus les critiques affluent et plus l’autre se met en retrait (en se retranchant derrière son journal, en regardant la télé, en faisant semblant d’être concentré sur quelque chose, …) en faisant semblant d’ignorer l’autre. Et moins il réagit, plus l’autre hurle ce qui a pour conséquence la retraite. Celui qui subit plutôt que d’affronter, bat en retraite. Il évite ainsi le combat, mais nie aussi qui il est, nie l’autre et contribue à anéantir son mariage, sa relation. Quelqu’un qui se dérobe n’envoie rien, aucun signe à l’autre de son attention ou de son écoute. « Il regarde ailleurs, fixe ses pieds, muré dans son mutisme, impassible comme un mur de briques. Celui qui se dérobe se comporte comme si ce que vous lui disiez lui était complètement égal, même s’il l’entend. » C’est alors plus que du mépris, de l’humiliation. Cette attitude est plus souvent observée dans les couples qui ont des années de vécu ensemble et qui se sont laissé prendre dans cette spirale négative irrémédiable. Le pire étant que « cette négativité créée par l’arrivée des trois premiers cavaliers met longtemps à grandir. Mais une fois arrivée à maturité, elle devient si forte qu’on finit par considérer la dérobade comme un recours possible » et l’on peut se persuader que finalement ça va car il n’y a plus de conflit ouvert, la complicité et le dialogue disparaissent, la relation est devenue énergétivore et destructrice.

Troisième indice : la noyade

La noyade est le sentiment ressenti lorsque la charge de négativité qui n’a pu être affrontée, sous forme de critique, de mépris ou même d’attitude défensive, est tellement présente et envahissante, tellement révoltante, qu’elle plonge dans un état de choc. Simple réflexe de défense : plus on se sent vulnérable à l’attaque de l’autre, mieux on apprend à éviter de s’exposer à nouveau.  De la même manière on surveille avec vigilance les indices annonçant l’éruption imminente et les effets dévastateurs des critiques ou du mépris de son partenaire. Quand un mariage ou une relation en arrive à ce stade, ils ne se supportent plus et le divorce n’est pas loin. Une précision : « les quatre cavaliers s’invitent parfois chez les couples les plus stables lorsqu’ils peuvent être submergés par le stress. Mais c’est bien lorsque ces quatre cavaliers s’installent à demeure, et que l’un ou l’autre des partenaires se sent régulièrement submergé, dévalorisé, humilié, détruit, que la relation est compromise. Lorsqu’on éprouve régulièrement du stress en présence de l’autre, on finit inévitablement par s’en éloigner pour s’enfoncer dans une sensation de solitude. […] Sans aide extérieure, le couple va certainement finir par se séparer et divorcer» ce qui serait sain à ce stade de la relation mais dans de nombreux cas les peurs les enferment le couple et ils se trainent dans un mariage moribond, menant des existences parallèles sous le même toit. Ils arrivent même à maintenir une relation de façade, à donner l’illusion d’un couple,  mais affectivement ils ne seront plus liés l’un à l’autre. Ils y ont renoncé.

Quatrième indice : l’échec des tentatives de rapprochement

Les quatre cavaliers peuvent mettre du temps à ravager un mariage ou une relation. Au début de leur histoire, en sentant un ou plusieurs des cavaliers arriver le couple peut avoir le réflexe salutaire de faire des tentatives de rapprochement pour diminuer la tension en cas de discussion conflictuelle pour freiner ou éviter le sentiment de noyade.  Elles peuvent sauver un mariage parce qu’elles diminuent la tension affective entre partenaires, et en abaissant le niveau de stress empêchent l’affolement du cœur et la perte des moyens « rationnels » qui s’ensuivent. Mais lorsque la spirale est déjà tellement engagée la tentative de rapprochement n’est pas entendue et la spirale s’en trouve alimentée, jusqu’à ce que l’un des partenaires se retire du jeu. Toujours d’après John M. Gottman, « la seule présence des quatre cavaliers permet de prédire le divorce à 82 %. Mais lorsque les tentatives de rapprochement ratent, ce taux d’exactitude atteint 90 %. La raison : certains couples qui, lorsqu’ils se disputent, chevauchent avec les quatre cavaliers parviennent très bien à réparer les dégâts causés grâce au succès de leurs tentatives de rapprochement. En général, dans ce type de situation – lorsque les quatre cavaliers sont présents, mais que les tentatives de rapprochement sont réussies – le ménage reste stable et heureux. D’ailleurs, 84 % des couples de nouveaux mariés qui avaient des scores élevés avec les quatre cavaliers, mais arrivaient cependant à se rapprocher efficacement, étaient toujours heureux en ménage six ans plus tard. Mais s’il n’y a aucune tentative de rapprochement – ou si ces tentatives ne sont pas entendues – le mariage est sérieusement compromis. » Paradoxalement on observe plus de tentatives de rapprochement chez les couples qui vont mal que chez ceux qui vont bien. Plus ils échouent dans leurs tentatives, plus ils les multiplient.

Cinquième indice : les mauvais souvenirs

Lorsqu’on interroge un couple sur son histoire, sur les débuts de leur amour, sur leur mariage et leur première année ensemble, la façon dont ils vont répondre est très significative et prédit la probabilité d’un divorce annoncé. Dans une relation saine et heureuse, c’est un bonheur de voir et d’entendre les partenaires se rappeler avec tendresse du début de leur relation, de leur rencontre et des premières périodes de leur vie ensemble. Même si tout n’a pas été parfait, il privilégie toujours les souvenirs heureux, se rappellent avec émotion leur rencontre, combien ils s’admiraient. Et lorsqu’ils parlent des difficultés qu’ils ont traversées « ils nimbent d’un halo leurs combats », tirant leur force de l’adversité qu’ils ont vaincue ensemble.  Mais quand une relation va mal, l’histoire est réécrite en pire. » Lorsqu’un mariage ou une relation arrive au point où un couple a réécrit son histoire commune, lorsque leurs corps et leurs esprits bloquent pratiquement toute possibilité de communiquer et d’arranger leurs problèmes actuels, l’échec est quasiment assuré. Le couple se trouve en alerte rouge permanente parce qu’ils s’attendent toujours à se battre, leur relation devient une torture. C ertains quittent un mariage en divorçant. D’autres le font en menant côte à côte des vies parallèles. Quelque soit la route choisie quatre étapes finales signent l’arrêt de mort d’une relation :

  • On considère que ses problèmes conjugaux sont graves.
  • On a l’impression qu’il est inutile d’en discuter. On tente de résoudre seul(e) ses problèmes.
  • On se met à mener des existences parallèles.
  • La solitude s’installe l’un à côté de l’autre.

Trop souvent les couples demandent de l’aide alors qu’ils sont en plein naufrage, alors que les signaux d’alarmes clignotaient depuis longtemps. Mais on s’accommode, on évite de se remettre en question et surtout on ne voit pas le danger venir.  Maintenant vous savez où regarder. N’importe lequel de ces signes énoncés dans chaque indice mis en lumière, indique que la rupture affective n’est qu’une question de temps.

Le remède est dans la prévention

Quelque lugubre soit ce tableau, je suis persuadée que l’on pourrait aujourd’hui sauver beaucoup d’unions, même sur le point de s’effondrer, si les deux partenaires en ont l’envie et si l’on sait comment les aider. Forte de mon expérience de thérapeute et de femme, je suis convaincue aujourd’hui que la meilleure façon d’accompagner ces couples en détresse n’est pas seulement d’améliorer leur communication, loin s’en faut car il est trop tard, mais de se focaliser sur les périodes qui vont bien, en « travaillant » sur la façon de vivre ensemble en dehors des périodes conflictuelles. Car « Aimer ça s’apprend » ! C’est le fondement de mon approche que je partage totalement avec John M. Gottman de qui je vous ai partagé nombre d’extraits de son livre, et dont je remercie le hasard de me l’avoir mis entre les mains il y a quelques années. Comme lui, « la base de mon approche est de renforcer l’amitié qui existe au cœur de toute relation amoureuse. » Le tissage subtil et profond de la relation qui commence le jour de la rencontre mais qui peut se reprendre à tout moment de son histoire. Je reviendrais bien sur dans de prochains articles sur cette démarche amoureuse qui rend vivante la relation et qui renforce ses liens au quotidien.  Une relation est vivante et en prendre soin en apprenant à aimer est la clé de sa longévité, c’est ce en quoi je crois intimement et qui est la base de mon accompagnement. « L’Amour est une grâce, mais Aimer ça s’apprend ! » cf. * « les couples heureux ont leurs secrets » de John M. Gottman

Christine Blain