C’est une question qui m’a été proposée comme thème pour un atelier que j’ai eu à animer au printemps dernier. Question qui semble toute simple… C’est le genre de question qui provoque facilement une réponse spontanée et toute faite, dans ce sens qu’on ne prend pas le temps d’y réfléchir. Et pourtant…

La  nostalgie de l’ailleurs

Cette question pourrait être posée autrement : Etes-vous heureuse seule ?

Le mot est lâché, seule. La souffrance de la solitude ça fait partie de notre condition humaine car paradoxalement, nous sommes seuls dans notre vie et nous mourrons seuls, et, nous ne sommes pas faits pour être seuls.  Complexe, non ?

D’où nous vient cette peur de la solitude et la souffrance que nous ressentons ?

Arouna Lipschitz nous l’explique très bien, nous sommes tous confrontés à ce qu’elle appelle la nostalgie de l’ailleurs. La « nostalgie du « Tout », d’un absolu transcendant, « ailleurs » mythique où l’herbe est toujours plus verte que dans notre existence et qui désigne symboliquement le paradis perdu quelque part entre vide sidéral et ventre maternel, l’idéal de parfaite harmonie, paix, amour etc… »

Arouna considère la nostalgie de l’ailleurs comme « la racine de la souffrance émotionnelle, c’est à dire la cause fondamentale de toutes nos petites névroses ordinaires et de nos tentatives désespérées de vivre ici-bas dans la perfection ou dans la fusion. » Nous cherchons alors toute notre vie à combler ce vide ressenti là où nous avons l’impression qu’il serait possible de le combler, dans nos relations amoureuses ! 

 Mais projeter notre quête d’absolu sur l’autre ne peut conduire qu’au fantasme du couple parfait, prince charmant etc…   Nous avons tous la mémoire de l’Amour… l’amour humain en porte des empreintes, mais notre nostalgie de la perfection, du tout, de l’absolu nous empêche bien souvent d’en jouir. » Sans travail personnel et sans éveiller sa conscience nous projetons chez l’autre un idéal qui lui, pourrait nous combler, nous attendons que l’autre nous donne ce qui nous fait défaut et qu’il comble à lui tout seul ce manque, voire ce vide ressenti.

Evidement dans les périodes de célibat, le manque se fait sentir cruellement, sous toutes ses formes. Manque de l’autre, de sa présence, manque de sens, manque de partages, manque d’amour, manque d’échanges,  manque de soutien, manque de sécurité, etc.  Cette nostalgie de l’ailleurs crée un vide sidéral que vous éprouvez douloureusement et qui peut-être insupportable si vous restez victime de cette situation. Il est là, tapit dans l’ombre, et vous rattrape aux moments où vous vous retrouvez seules, où vous êtes là « à ne rien faire »,  sans activité, sans agitation, qu’elles soient professionnelles ou de loisirs, ces moments où vous êtes alors seules face à vous même…

Ça vous parle ? Oh je vous entends ! Nous avons tous fait l’expérience de ces moments de chagrin profond où dans notre chaumière nous pleurons à chaudes larmes sur tout et sur rien, ressentant ce vide abyssal. L’ego s’en donne à cœur joie et nous balance tout azimut dans notre cerveau – notre conscience étant vacante – tout un tas de messages négatifs et déprimants qui ne font que nourrir notre mal être.

 

Mais fort heureusement vous avez un pouvoir sur cette souffrance comme sur tout ce que vous vivez, c’est votre pouvoir personnel et ça c’est une bonne nouvelle !  Comment  vous y prendre ? La question serait plutôt, qu’allez-vous en faire de cette solitude et de cette souffrance ? Il va falloir affronter votre peur archaïque d’être seule ou vous résigner à ce qu’elle s’invite dans votre vie insidieusement et régulièrement. Ça vous tente ? Bien sur que non ! Alors qu’allez-vous faire de cette période où vous êtes seules sans partenaire, sans amoureux ?  

 Pour répondre à cette question j’ai envie d’abord de vous en poser une autre : Qu’est ce qui vous rend heureuse ? Oui, vous toute seule, qu’est ce qui vous rend heureuse ? Allez-y amusez vous à répondre à cette question et listez au moins 10 choses qui vous rendent heureuse.  Dans l’atelier que j’ai animé, j’ai demandé à ce que ces 10 choses soient écrites sur des post it, une par post it afin de pouvoir les regrouper facilement pour ensuite de les classer. Maintenant  placez à droite toutes les ces choses  qui vous rendent heureuse toute seule et à  gauche toutes celles où vous avez besoin d’être à  deux  pour être heureuse.

Il  est probable que vos résultats ressemblent  à ceux des femmes qui étaient présentent ce jour là, la majorité des post it étaient à droite.  Fort est de constater, et c’est heureux, qu’il y a une multitude de choses qui vous rendent heureuse toute seule. Et je suis sure qu’en faisant l’exercice plus de 10 sont venues à votre esprit ! Surtout notez les et je vous invite à aller au bout juste pour voir ! Toutes celles que vous faites déjà seules et toutes celles que vous pouvez développer et mettre en place dès aujourd’hui J

A cette question existentielle il y a donc deux réponses, soit je sombre dans le désespoir, soit je transforme mon célibat en délicieuse opportunité ou même en voyage initiatique !

Une délicieuse opportunité

 « Oh lala ! Ma pauvre, te voilà encore célibataire ! » Le ton condescendant qui a souvent accompagné cette phrase, tant de fois entendue sur mon propre chemin d’amoureuse, ajoute l’insulte à l’injure ! Sans compter les gens « normaux » en couple ou mariés, qui expliquent que les célibataires sont tout simplement trop difficiles ou trop romantiques, c’est-à-dire naïfs ! En bref, si une femme est célibataire, c’est une tare ou c’est de sa faute !

Ton témoignage Lilou*, me touche car il fait éclater trois vérités qui sont miennes depuis longtemps. {…}

La première vérité c’est que, comme le disait déjà Simone de Beauvoir, « on ne nait pas femme, on le devient ». La seconde est qu’il faut beaucoup de courage – cœur en action – pour devenir femme, et plus encore pour rester en chemin une amoureuse de la vie conjugale. Ce qui n’est pas le cas de toutes les célibataires, comme tu t’en rends si bien compte ! Certaines vivent leur célibat en victimes douloureuses qui ne croient plus à l’amour, d’autres en victimes résignées qui ont perdu espoir, d’autres encore en obsessionnelles des rencontres ou en militantes de l’indépendance – « on est tellement mieux seules … »-, confondant indépendance et véritable autonomie.

Lilou tu n’es pas tombée dans ces pièges et c’est exemplaire ! Du coup, tu as découvert la troisième vérité : le temps du célibat vécu avec la conscience du travail qui est à faire en soi est une préparation au grand amour, la capacité d’aimer et d’être aimée à niveau d’âme jusque dans le corps à corps. C’est ce qui transforme ton célibat en voyage initiatique d’une femme moderne, en recherche du grand amour. La certitude que le grand amour reste l’enjeu essentiel de toute épreuve amoureuse fait toute la différence entre un célibat subi et le célibat conscient dont tu témoignes ! {…} Grâce à toi, de merveilleuses femmes comme toi vont apprendre qu’on peut, en toute conscience et liberté, transformer un célibat ou, de manière générale des souffrances amoureuses en initiations, en nouveaux commencements qui stoppent la fatalité des schémas répétitifs. Elles trouveront, j’en suis sûre, plus de courage, pour s’ouvrir à leur propre devenir amoureux et croire encore ou à nouveau au grand amour. »

Je n’ai pas résisté à vous partager la magnifique introduction qu’Arouna Lipschtiz a offerte à Lilou Macé pour son livre « je suis célibataire et ça me plait » !  Ces deux là se connaissent et s’apprécient, ça se sent et ça me plait. Et moi, j’apprécie et j’admire chacune d’elles. Magnifique, car tout est dit dans l’amour et la complicité de leur relation et de leur vécu respectif de célibataire. Le célibat est une délicieuse opportunité, une occasion d’apprendre à être heureuse toute seule pour ensuite offrir sont bonheur à l’autre, à votre amoureux. C’est d’ailleurs une des définitions de l’amour.

 

Le célibat, en fait, loin d’être un calvaire, est une chance. C’est une période de liberté où vous pouvez vous exprimer, vous accomplir, sans vous demander si cela plaira ou non à votre partenaire. C’est un moment où vous pouvez «travailler» sur vous-même, vous enrichir par de nouvelles relations, de nouvelles activités.

Surtout, c’est un moment où vous pouvez relâcher cette tension intérieure qui nous habite lorsque nous sommes avec l’autre, et que nous existons presque toujours par l’autre.

Alors, osez la solitude !

Mais être libre d’être soi, qu’est-ce que ça veut dire ? Déjà, ne pas être inhibée dans ses désirs et dans ses rêves. Nous vivons dans une société où nous n’osons plus rêver, où l’on construit des rêves à notre place. Le célibat vous donne le temps de vous poser ces questions et de les résoudre. Il vous permet de revenir au centre de votre vie afin de mieux vous connaitre. Comment aller à la rencontre de l’autre, d’un autre, sans se connaitre soi-même ? Ce serait prendre le risque de projeter dans cet autre tout ce qui vous manque et que vous percevez en lui, ce qui finirait inéluctablement par vous irriter et alimenterait de futurs conflits basés sur ces frustrations inconscientes. Vous connaitre c’est savoir simplement mais précisément ce que vous aimez, ce que vous n’aimez pas, ce qui vous fait vibrer et vous autoriser à le vivre, savoir ce que vous ne supportez pas car vos valeurs sont en jeu, ce que vous admirez chez les autres, quels sont vos rêves, vos projets de vie, voire votre mission de vie. C’est vous passionner pour vous même dans le sens le plus aimant et non pas égoïste du terme.

être heureux

Et justement, cette période de solitude assumée en conscience, permet aussi à ce miracle de s’accomplir, s’aimer soi-même ! Le manque d’amour des autres vient d’un manque d’amour de soi et la rencontre du grand amour commence avant tout par une rencontre avec soi-même, la découverte de son  propre mystère.

« Rencontrer, étymologiquement parlant, vient de « aller à l’encontre de ». Il est vrai qu’il nous faut passer par beaucoup de rencontres pouvant sembler, effectivement aller à l’encontre de nous-mêmes, avant d’accéder à cette grâce qui est de se retrouver en l’autre. »  Car n’oubliez jamais une chose : On ne peut apprendre à  aimer qu’en aimant ! Comment voulez-vous apprendre à jouer du piano sans en jouer ? Impossible … Mais cela n’empêche pas non plus de travailler sur soi une fois la rencontre faite, au contraire. C’est un cadeau  et un gage de durée pour la relation.

Les célibataires souffrent de la solitude et se demandent comment trouver celui ou celle qu’il leur faut. Mais si vous voyagez, si vous multipliez les rencontres, si l vous repoussez les limites habituelles de votre cercle intime ou si vous vous lancez dans des projets personnels, vous commencez d’abord par rencontrer les autres. L’amour vient ensuite. Le secret réside dans la fidélité à vous-même, faites les choses parce qu’elles vous font vibrer, parce qu’elles vous plaisent et non pour rencontrer quelqu’un !


 

 

Et puis, s’aimer, c’est aussi prendre soin de sa solitude. Ce n’est qu’en passant par ce vide intérieur que l’on fait de la place pour l’autre…

Aimer c’est être heureuse et offrir son bonheur à l’autre.

« Toute ma vie, j’ai attendu que mes rencontres amoureuses m’apportent le bonheur.
Un jour j’ai compris qu’il n’y avait qu’une clef possible à mon propre épanouissement : celle de mon coup de foudre avec moi-même. J’ai alors décidé d’offrir à cette union, la notion symbolique du mariage. J’ai réalisé que j’étais la personne avec laquelle j’allais passer le plus de temps, jusqu’à la fin de mes jours, pour le meilleur et pour le pire, jusqu’à ce que la mort nous sépare. Que je me devais fidélité, amour, et respect. J’ai décidé d’épouser pleinement et avec bonheur la personne que je suis. » **

C’est l’objet de tout mon travail, vous partager mes clef, mes découvertes  afin que vous puissiez mener la plus belle histoire d’amour de votre vie : celle avec vous-même. Votre plus belle histoire d’amour c’est vous ! 

Alors voici  ma réponse à cette question, non il ne faut pas être deux pour être heureux, mais le vivre à deux ce bonheur amplifie tout !

« Puissiez-vous trouver en vous le courage, l’audace, la sincérité de vivre ce moment de célibat pleinement. Je vous souhaite de retrouver votre joie et reconnaissance de vivre une étape de vie proposant tant d’opportunités d’évoluer et de grandir, pour vous préparer à la rencontre du grand amour. »

 

*extraits de la Nostalgie de l’ailleurs d’Arouna Lipschitz

*extraits de «Je suis célibataire et ça me plait » de Lilou Macé

** Texte « c’est décidé je m’épouse » de Nathalie Lefèvre

Christine Blain